LE VELOURS CARNIVORE DES FLEURS

Les encres de Chine de Christelle Lenci sont des encres câlines qui déchirent les nuits. Les femmes qui s’y dévorent avec langueur et sensualité puissantes, ces louves en jarretelles surgies des leurs propres entrailles, ces Dracula femelles tout en longues cuisses jouent à se saigner en fête, et ressemblent de loin à de chaudes forêts, végétation de chair, portrait de la jouissance, orgasmes soudés produisant gémissements et murmures, et puis ce pourpre aussi, échappé des bouches larges comme des baillons, vidant et réchauffant une malice de ventres ouverts qui ne seront plus jamais vacants puisqu’ils figurent la vraie revanche au cannibalisme des hommes.

Manges-moi, déchires-moi, ne touche simplement pas à mon cœur ni à mon désir de bonheur. Ensemble en ce gynécée nous somme belles entre toutes, nous sommes femmes accomplies puisque nous resurgirons plus fortes de ce nœud de jungle où nous venons boire à nous-mêmes.

Christelle Lenci travaille à la pointe la plus fine, creuse son papier comme un tissu, flore pénétrée, exaltée, chirurgie d’un fantasme qui se fait écho à lui-même et nous ouvre les yeux (lorsque nous les pressons fortement sous nos paupières d’hommes) comme s’il s’agissait à notre tour d’avoir les ventres écarquillés et nus.

L’art est tout à fait un rêve. Une obsession, nous le savons. Avec ce qu’il faut d’exploration dans les velours carnivore des fleurs. Christelle Lenci le sait mieux que personne par sa simple dévoration.

Pierre Vavasseur

 

  • 4
    Shares